conte de noël

La légende du bonhomme de neige et de son trésor

Ce soir-là, je parcourais le monde à la recherche de choses inconnues. J’avais déjà été émerveillé par les personnages de Disney, j’avais visité le Palais du Louvre à Paris, mais pas au complet évidemment, car il faut bien compter une semaine entière pour voir toutes les œuvres d’art que conserve ce gigantesque musée. J’avais aussi contemplé le merveilleux paysage du Grand Canyon aux États-Unis.

À un moment de mon périple, j’ai consulté des dossiers historiques au département des Archives mondiales à Genève en Suisse. Je désirais reconstituer la généalogie de ma famille lorsque je suis soudain tombé sur un dossier mal classé relatant l’histoire d’Essegas. Cette histoire est à l’origine de la « Légende du bonhomme de neige et de son trésor ». Tout le monde connaît cette légende, mais l’histoire d’Essegas lui donne un parfum de vérité qu’on n’aurait pas cru possible. En effet, bien que quelque peu différente de la légende, cette histoire serait un fait historique, réellement vécu.

Contrairement à la légende, l’action ne se passait pas dans les régions arctiques près du pôle Nord. Non, bien qu’Essegas fut un bonhomme de neige, il habitait au sud, très au sud, bien plus au sud que le Tropique du Cancer, bien plus au sud que l’équateur, encore plus au sud que le Tropique du Capricorne. En fait, il habitait sur le continent antarctique, près du pôle Sud, là où il fait tout aussi froid qu’au pôle Nord. Il habitait dans un village nommé Trebuh-Tnias.

Il était grand, un peu bedonnant, et arborait habituellement un large sourire que les villageois partageaient souvent avec lui. Oui, dans ce village les gens étaient heureux, et avec raison, car ils étaient connus pour être très philosophes. Il n’était pas rare de les voir en pleine méditation, immobiles, souriants, contemplant les beautés de la nature. D’ailleurs, c’est ainsi que nous les représentons encore aujourd’hui dans la coutume populaire.

Un jour, Essegas était tracassé et les autres villageois ne savaient pas pourquoi, lui qui habituellement était le plus joyeux, avait perdu son légendaire sourire. Mais ils allaient bientôt comprendre.

J’ai oublié de vous dire qu’Essegas adorait la météorologie. Il en avait fait son passe-temps favori et avait même monté sa propre station météorologique. Chaque matin, à son réveil, il allait faire le relevé de la température sur son thermomètre, de la pression atmosphérique sur son baromètre, de l’accumulation de neige fraîche tombée pendant son sommeil et du taux d’ensoleillement de la journée précédente sur son héliographe. Tout cela avant le déjeuner. Quand il rentrait, il mangeait une crème glacée en écoutant la météo diffusée à sa radio afin de vérifier si ses prévisions étaient confirmées par les professionnels, ce qui, à son grand bonheur, s’avérait être le cas.

Depuis qu’il s’intéressait à la météorologie, il avait constaté que l’été, les températures augmentaient d’année en année. C’était aussi le cas en hiver, mais il n’y voyait aucun problème car dans sa région, au lieu d’avoir une température moyenne de -52,3°C, il faisait maintenant environ -48,5°C.

C’était encore très confortable pour un bonhomme de neige, pourvu qu’il porte son chapeau et son foulard. Mais l’été, c’était une autre histoire. La température moyenne était passée, en quelques années, de -12,4°C à -8,8°C. Il avait entendu parler du réchauffement de la planète à la radio et pouvait le constater de ses propres yeux. Essegas savait que même la banquise de l’Antarctique fondait et se rétrécissait d’année en année.

On pourrait penser que -8,8°C était encore suffisamment froid pour que les gens de son village se sentent confortables. Cela aurait été vrai s’il n’y avait pas eu de fluctuations. En effet, -8,8°C est une température « moyenne ». Certain jour, il faisait -14°C, alors que d’autres jours, il pouvait faire aussi chaud que -1° C. Si ces hautes températures arrivaient un jour de soleil, ce serait une catastrophe. C’est pourquoi, tous les gens de son village passaient l’été au sommet de la montagne voisine, le mont Titep Diorf car, comme on le sait, il fait plus froid en haut des montagnes.

La veille de Noël, on était déjà en plein été et il faisait beaucoup plus chaud qu’habituellement à pareille date. Mais ce qui inquiétait Essegas, c’était les prévisions à long terme. On annonçait une semaine complète à +5°C dans la vallée. Dans la montagne, il ferait probablement +1°C ou même +2°C, et ce, pendant toute une semaine. On a du mal à se représenter ce que cela peut signifier pour un bonhomme de neige, mais il faut savoir que leur température interne est de
-15,3°C.

En comparaison, la nôtre est à +37°C. Lorsqu’il fait +35°C, nous avons l’impression qu’il fait extrêmement chaud. Lorsqu’il fait +40°, c’est pratiquement insupportable. Si la température monte jusqu’à +47°C, nous pouvons en mourir. Oui mais, +47°C c’est simplement 10°C de plus que notre température interne. Pour un bonhomme de neige, +2°C représente 17°C de plus que sa température interne. La survie de tout le village était donc menacée. Voilà pourquoi Essegas avait perdu son sourire.

Essegas expliqua la situation au maire du village et tous deux convoquèrent les villageois à une réunion exceptionnelle au cours de laquelle des mesures préventives seraient étudiées. Après de longues palabres, il fut convenu d’une solution qui, bien qu’unanime, ne plaisait à personne. Néanmoins, au village on savait que c’était la meilleure façon de se prémunir contre la chaleur excessive qu’on prévoyait dans une semaine…

Tous seraient donc prêts à partir le lendemain matin avec leurs baluchons sur l’épaule pour une expédition de deux jours vers le mont Dnarg Diorf. En effet, il avait été décidé de quitter leur montagne habituelle et d’aller se réfugier au sommet, qu’on savait inhabité, d’une autre montagne beaucoup plus haute mais située juste à côté du mont Titep Diorf. Il faudrait compter une journée entière pour descendre au niveau du col d’Esianruof, le traverser et remonter à la même altitude que leur village actuel. De plus, il faudrait une journée supplémentaire pour monter au sommet du Dnarg Diorf afin d’être en toute sécurité.

Le lendemain matin, toute l’équipée se réunit devant la mairie à l’heure convenue. Essegas connaissait bien le chemin et fut d’emblée nommé guide de l’expédition. La météo semblait clémente, le soleil restait caché derrière les nuages bien qu’aucune précipitation ne soit prévue. L’inquiétude d’Essegas ne passait cependant pas inaperçue. Ses prévisions météorologiques à lui étaient beaucoup plus inquiétantes. Son baromètre indiquait une forte hausse de la pression atmosphérique, un signe incontestable de l’arrivée du beau temps.

Il pensait bien que les nuages n’allaient pas rester toute la journée. Il pressa donc tout le monde afin de parcourir la plus grande distance possible avant que le soleil ne pointe. À midi, ils avaient déjà atteint la hauteur du col d’Esianruof qui mène au mont Dnarg Diorf, mais tout le monde était épuisé et une pause s’imposait. Il faisait déjà très chaud et tous suaient à grosses gouttes. Il faut dire que peu d’entre eux étaient habitués à marcher.

Plutôt que de « marcheurs », on les aurait qualifiés de « paresseux ». Mais, cette fois-ci, ils avaient tous fait un bon effort et Essegas leur accorda un repos bien mérité. Dans son for intérieur, il aurait préféré atteindre l’orée de la forêt, mais il fallait encore une bonne heure de marche pour s’y rendre. Ils s’étaient arrêtés aux abords du petit lac qui marquait le point le plus bas de leur voyage. Autour, il n’y avait que des rochers et de petits arbustes. Si le soleil se pointait le bout du nez, ce qu’il menaçait de faire incessamment, la situation deviendrait critique.

Soudain, une grande brèche se dessina dans les nuages et le soleil apparut dans tout son éclat. On sentait ses rayons; les rayons brûlants d’un soleil de début d’été. Même avec l’air frais de la montagne, il fallait réagir vite car tous commençaient déjà à se sentir fiévreux. Comme aucune zone d’ombre ne pouvait servir d’abri dans les parages, tout le village se remit en route afin d’atteindre la forêt deux kilomètres plus loin. Si cette distance pouvait être parcourue au pas de course, elle serait vite franchie. Malheureusement, les bonshommes de neige ne courent pas. Au contraire, il marche presque au ralenti.

Il leur fallut une heure douze minutes exactement pour arriver à la fraîcheur de la forêt, à l’ombre des arbres dont les feuilles avaient déjà atteint une taille suffisante pour servir de protection. Cette heure fut cependant plus pénible pour certains. En particulier pour Eihpos qui avait maintenant une fièvre carabinée. Il faut dire que depuis une semaine déjà, elle souffrait d’un mal inconnu que le médecin n’arrivait pas à comprendre.

Sa situation semblait désespérée car elle avait perdu tellement de poids au cours des dernières heures que ses forces étaient épuisées. Elle avait réussi à se rendre à la forêt grâce à Enaid, d’Einahpets et Niavlys mais, même avec leur aide, elle n’arriverait pas à monter le mont Dnarg Diorf car, l’ascension est toujours immensément plus difficile que la descente. Elle avait besoin de repos, mais il faisait trop chaud, même à l’ombre, pour rester à cet endroit.

C’est à ce moment qu’Eihpos perdit conscience. Salocin commençait quant à lui à avoir des vertiges à cause de la chaleur. Il suait à grosses gouttes. Le découragement se lisait sur les visages. Aihtnyc, elle, commençait à avoir des hallucinations. Elle entendait des clochettes. Puis ce fut au tour de Yrreiht de les entendre.

Bientôt tout le monde les entendait, de plus en plus fort. C’est alors seulement qu’ils virent le traîneau qui s’approchait. Ils étaient tous ébahis quand le Père Noël et la Fée des Glaces en descendirent. Le Père Noël se présenta et présenta la Fée de Glaces, mais tout le monde les avait déjà reconnus. Comme le maire du village se sentait lui aussi trop épuisé, c’est Essegas qui accueillit les nouveaux venus, à qui il présenta le village et expliqua la situation.

Comme il leur expliquerait plus tard – il y avait des choses plus urgentes pour le moment – le Père Noël commençait sa tournée de Noël au pôle Nord et la terminait au pôle Sud. Lui et la Fée des Glaces avaient encore quelques maisons à visiter et le temps les pressait un peu. Toutefois, ils restèrent assez longtemps pour que la Fée des Glaces examine Eihpos. Elle dit qu’il fallait l’opérer de toute urgence, ce qu’elle fit elle-même de ses doigts de fée. Du ventre d’Eihpos elle sortit un genre de boîte qui avait toutes les allures d’un coffre au trésor. Comme par magie, la plaie au ventre d’Eihpos se referma et se cicatrisa presque instantanément.

C’est alors seulement qu’on s’intéressa à cette boîte toute dorée qui ressemblait à un coffre au trésor. La Fée des Glaces l’ouvrit devant tout le monde et à leur grand étonnement, ils constatèrent que c’était une glacière qui contenait des cornets de crème glacée, leur mets préféré. Curieusement, c’est ce que tous souhaitaient le plus ardemment à ce moment-là en raison de la chaleur qui ne faiblissait pas.

Le Père Noël en fit la distribution et malgré la petitesse de la glacière, il y en eut assez pour tous. Ce qui était plus surprenant encore, c’est que la boîte semblait encore pleine à ras bord. La fée des Glaces jeta un enchantement de froidure à la petite glacière et déclara qu’elle contenait suffisamment de crème glacée pour que tout le monde en ait à volonté jusqu’à la fin du voyage.

Le Père Noël signifia alors qu’il était temps pour eux de continuer leur tournée. Tous les remercièrent infiniment, même Eihpos qui avait maintenant assez de forces pour se lever et leur envoyer la main. Après une autre tournée de crème glacée pour tout le monde, Essegas proposa de reprendre la route. Il faisait de moins en moins chaud à mesure qu’ils montaient le mont Dnarg Diorf. Ils atteignirent ainsi le sommet sans encombre et il restait suffisamment de crème glacée pour fêter leur arrivée.

C’est cette histoire d’Essegas et des gens de son village qui est à l’origine de la légende qui veut que dans le ventre d’un bonhomme de neige, ayant trop chaud à Noël, on puisse trouver quelque chose qu’on souhaite ardemment.

Après avoir lu cette histoire, j’ai quitté les Archives mondiales de Genève, ce qui a mis fin à mon voyage autour du monde. J’ai alors fermé mon navigateur Internet et je repensais à cette histoire et au fait qu’il y a peut-être du vrai…

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